Pensée du moment : Août ( 2007) : Si selon Tocqueville, les « mœurs » sont « ce qui détermine le comportement » des nations (L’ancien régime et la révolution, cf. dans le Syndrome), l’étude de la construction du tissu noémique du Syndrome d’Hamlet est un discours sur la généalogie des mœurs.
Voici qui ouvre une perspective prometteuse sur la question du rapport du Syndrome d’Hamlet à la morale, toujours présente car il y a des rapports, évidemment, mais on ne trouvait pas l’outil., la « pince » pour la saisir. C’est que la trilogie dialectique du noème « événement, qualification, valeur » appelle « à sa droite » (rien de politique !) à un discours purement éthologique, sur le noble, le juste etc. Ce discours substantiel est nécessaire dans l’objet du référentiel en valeur, qui est de constituer le réservoir des références qui pourront être appelées lors de futures qualifications. Encore faut-il que le réservoir en contienne ! C’est d’ailleurs pour ce caractère purement potentiel que le seul « partage des mêmes valeurs » dont on nous rebat les oreilles n’a pas grand sens pratique : des qualifications communes, des alliances au sens du Syndrome peuvent bien procéder de la mobilisation de valeurs différentes, et des haines farouches d’une mobilisation différente face à la pression de l’événement qui ad-vient, de valeurs que l’on croyait jusque là communes.
En revanche, les mœurs résultent de la mobilisation de l’éthique à l’épreuve de l’événement pour le qualifier en puisant dans le réservoir et ainsi, déterminer ce qui est plus noble et moins noble, bref, « to be », construire l’Etre. Et partager une qualification, c’est accéder un peu à l‘Etre d’autrui. C’est donc les alliances qui sculptent le monde martyriel, donc le monde tout court, si l’on pense comme moi que l’ordre martyriel est le successeur de l’ordre sacrificiel et qu’il trouvera un jour son successeur. Quoi ? Quand ? En voilà, une question (l’expression allemande me paraît très juste ici : was für eine Frage ?).
Ainsi, se précise petit à petit le rapport entre ces trois là, liés dialectiquement mais autonomes, indépendants au sens mathématique. Et c’est bien en considérant cette extrême indépendance que l’existence même de ce lien à la Question d’Hamlet en tant que mécanique fonctionnelle du cerveau paraît miraculeuse, si improbable et pourtant, que serions-nous sans elle ? Rien, « nothing but walking shadows » dès lors que la raison seule ne nous permettrait pas de discriminer dans la gémellité des contraires.
Et c’est cela qui pour Laouach est la Question centrale : qu’est-ce que cette mécanique ? Et au-delà, il faudra bien se demander : d’où vient-elle, comment naît-elle, est il innée ou acquise ?